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Reboiser l’Île-du-Prince-Édouard

Une forêt verdoyante dont le sol est recouvert de mousse.
Heather Harris

28 novembre 2023

Introduction

Les provinces Maritimes de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.), de la Nouvelle‑Écosse et du Nouveau-Brunswick font partie des territoires traditionnels non cédés des peuples Mi’kmaw, Wəlastəkwiyik et Peskotomuhkati. La forêt abénakise, une forêt de transition entre la forêt boréale du Nord et la forêt de feuillus du Sud, s’étend également à travers ces trois provinces. Alors que les forêts de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau‑Brunswick couvrent respectivement environ 80 pour cent et 85 pour cent de leur superficie totale, depuis les deux derniers siècles, les forêts de l’Î.-P.-É. ont été fortement réduites, ne couvrant plus en 2010 que 43,9 pour cent de la superficie totale de la province. Les défis posés par les changements climatiques, tels que les tempêtes post-tropicales Dorian (2019) et Fiona (2022), ont encore grandement affecté et altéré les forêts de l’Î.-P.-É. Des efforts sont cependant en cours dans toute la province pour replanter des arbres et améliorer la résilience des forêts.

Histoire des forêts de l’Î.-P-É.

Si le paysage terrestre de l’Î.-P.-É. est à l’heure actuelle reconnu pour sa mosaïque de champs, avant la colonisation, la province était presque entièrement boisée.  Les premiers écrits sur les forêts de l’île décrivent de vastes forêts avec de grands arbres. Cependant, au cours du xixe siècle, une grande partie des forêts de la province a été défrichée pour la colonisation, l’aménagement de terres agricoles ou l’industrie de la construction navale. Dès le début du xxe siècle, les forêts de l’Î.-P.-É. ne représentaient plus que  30 pour cent de la superficie totale du territoire. 

Avec l’abandon de nombreux champs agricoles au début du xxe siècle, les forêts de l’île ont commencé à regagner du terrain. Une grande partie des arbres qui se sont implantés dans les champs herbeux abandonnés étaient toutefois constitués d’épinettes blanches, une espèce d’arbre en début de succession dont la durée de vie n’est que de 50 à 70 ans. En revanche, de nombreux arbres de succession tardive caractéristiques de la forêt abénakise vivent plus de 200 ans. Des espèces telles que l’érable à sucre et la pruche du Canada ont vécu jusqu’à 400 et près de 1 000 ans, respectivement. 

 Les monocultures d’épinettes blanches sont souvent du même âge et nombre d’entre elles approchent de la fin de leur cycle de vie. En raison de cette repousse, moins de cinq pour cent des forêts de l’Î.-P.-É. ont plus de 100 ans et une grande partie des forêts sont composées d’arbres de début de succession âgés de moins de 60 ans. En outre, les forêts restantes sont très fragmentées, ce qui peut entraîner une série de problèmes tels que la perte de biodiversité, l’augmentation des espèces envahissantes et la diminution de la qualité de l’eau.

Nouveaux défis pour les forêts de l’Î.-P.-É.

Bien que les forêts de l’Î.-P.-É. aient commencé à se reconstituer au cours du xxe siècle, les changements climatiques leur posent de nouveaux défis. En septembre 2022, la tempête post-tropicale Fiona a causé des dégâts considérables dans toute l’île. D’après l’imagerie satellite, environ 13 pour cent des forêts ont perdu 70 pour cent ou plus de leurs arbres. Trois années auparavant, la tempête post-tropicale Dorian avait causé d’importants dégâts dans la région de Cavendish du parc national de l’Î.-P.-É., où environ 80 pour cent des arbres avaient été détruits. De nombreux arbres perdus dans le parc national étaient des épinettes blanches matures, ce qui souligne la vulnérabilité des peuplements forestiers du même âge et des monocultures face aux conditions météorologiques extrêmes.

Un climat en constante évolution entraîne aussi un risque accru de maladies et de parasites. La hausse des températures et les sécheresses minent la santé des arbres, les rendant plus vulnérables aux maladies. Si l’isolement de l’Î.-P.-É. lui offre une certaine protection contre les ravageurs envahissants, des espèces telles que l’agrile du frêne et le puceron lanigère de la pruche ont été détectées dans les provinces voisines et pourraient facilement être transportées jusqu’à l’Î.-P.-É.

Efforts de reboisement

Diverses initiatives de plantation d’arbres sont en cours dans l’Î.-P.-É. Le Programme Deux milliards d’arbres, une initiative du gouvernement fédéral, a été étendu à la province, avec pour objectif de planter 1,3 million d’arbres chaque année. Dans le parc national de l’Î.-P.-É., le personnel a déjà planté 20 000 arbres depuis 2019. Leurs efforts de reboisement sont axés sur la diversité des espèces et des âges afin d’accroître la résilience des forêts, une stratégie qui est aussi utilisée en France pour l’adaptation aux changements climatiques. 

Les stratégies de reboisement peuvent également varier en fonction de la zone plantée. Dans les zones déjà boisées, on peut envisager des coupes en bandes ou des coupes parcellaires en coupant les arbres existants dans une zone restreinte. Ces coupes imitent les perturbations naturelles à petite échelle et créent des trouées dans la canopée; les espèces d’arbres souhaitées sont ensuite plantées dans l’espace nouvellement créé. Dans les zones urbaines, des groupes font l’expérience d’une nouvelle méthode de plantation d’arbres, la méthode Miyawaki, où les arbres sont plantés en forte densité, ce qui favorise une croissance plus rapide et la concurrence avec les espèces envahissantes. 

D’autres efforts de replantation ont fait appel à l’engagement des collectivités. Des étudiants locaux aident à favoriser la reconstitution des populations rares de frêne noir, une espèce d’arbre qui revêt une grande importance culturelle pour le peuple mi’kmaw. On a aussi prévu dans certaines localités l’organisation de journées de plantation bénévole avec des organismes environnementaux locaux.

Malgré les défis auxquels sont confrontées les forêts de l’Î.-P.-É., le reboisement de l’Île suscite un grand intérêt. Même si les perturbations, telles que celles infligées par la tempête post‑tropicale Fiona, ont considérablement altéré les forêts de l’Île, elles offrent également la possibilité de planter des arbres plus diversifiés et mieux adaptés au climat, et d’améliorer ainsi la résilience des forêts face aux changements climatiques.

 

Lectures complémentaires

CBC News. (19 août 2023). Destructive insect makes its way to Halifax area, attacking hemlock trees. CBC Nova Scotia. (en anglais seulement)

CBC News. (12 octobre 2023). Emerging tree diseases are on the rise, threatening the planet’s largest plants. (en anglais seulement)

CBC News. (10 septembre 2019). Dorian takes out 80% of trees in Cavendish area of P.E.I. National Park, Parks Canada says. CBC PEI. (en anglais seulement)

Clow, E. (5 juin 2023). P.E.I. stepping up annual planting goal to 1.3 million trees. CBC PEI. (en anglais seulement)

Desjardins, S. (10 mai 2023). Thousands of trees planted as project aims to make P.E.I. National Park more resilient to storms like Fiona. CBC PEI. (en anglais seulement)

Euronews Green. (18 octobre 2023). How a ‘mosaic forest’ is helping France adapt to rapid climate change. (en anglais seulement)

Gouvernement du Canada. (2023). Programme deux milliards d’arbres. 

MacLeod, N. (8 juin 2023). Why planting black ash trees is so important for P.E.I. and the Mi’kmaq. CBC PEI.(en anglais seulement)

Nadeau, S., Beckley, T.M., Huddart Kennedy, E., McFarlane, B.L. et Wyatt, S. (2007). Opinions du public sur la gestion des forêts au Nouveau-Brunswick – rapport de l’enquête provinciale. Ressources naturelles Canada. 

Nova Scotia Department of Natural Resources. (2008). State of the Forest Report 1995-2005. (en anglais seulement)

Parcs Canada. (2022). La restauration écologique au parc national de l’Île‑du‑Prince-Édouard. Gouvernement du Canada.

Ministère de l’Agriculture et des Forêts de l’Île-du-Prince‑Édouard. (2010). State of the Forest Report 2010. (Rapport sur l’état des forêts). (en anglais seulement)

Environnement, Énergie et Action climatique Île-du-Prince-Édouard. (4 octobre 2023). General Introduction to Island Forest History and Ecology. (en anglais seulement)

Ross, S. (2 février 2019). Saving its ash: Charlottetown taking steps to keep destructive beetle out of its trees. CBC PEI. (en anglais seulement)

Russell, N. (3 janvier 2023). P.E.I. tree nurseries gearing up for big post-Fiona sapling sales this spring. CBC PEI. (en anglais seulement)

Russell, N. (11 octobre 2023). Charlottetown experiments with mini forests to speed up growth. CBC PEI. (en anglais seulement)

Russell, N. (30 septembre 2022). Restoring treasured black ash trees at heart of P.E.I. project. CBC PEI. (en anglais seulement)

Ryan, C. (19 octobre 2023). Satellite images tell the tale of where Fiona took biggest toll on P.E.I. forests. CBC PEI. (en anglais seulement)

Sobey, D. (2006). Early descriptions of the forests of Prince Edward Island Part II: The British and Post-Confederation Periods – 1758 – c. 1900. Part A: The Analyses. Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et des Forêts de l’Île‑du‑Prince‑Édouard. (en anglais seulement)

Snyder, M. (13 octobre 2014). What Is Forest Fragmentation and Why Is It A Problem? Northern Woodlands. (en anlgais seulement)

The Macphail Woods Ecological Forestry Project. (2023). The Wabanaki-Acadian Forest. (en anglais seulement)

Les lunes selon la tradition mi’kmaw

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Alex Cadel, notre spécialiste des services climatiques en Nouvelle-Écosse, explore le calendrier mi’kmaw du point de vue de l’évolution du climat, en analysant les tendances des données relatives à chaque lune.