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Villes éponges

Image aérienne d'un immeuble de plusieurs étages avec un toit vert. On peut voir deux personnes marchant sur un sentier situé sur le toit.
Julia Szujo

9 novembre 2023

Légende et crédit de l’image : Application de ville éponge à petite échelle, toiture végétalisée. Chuttersnap/Unsplash

Ces dernières années, les résidants du Canada atlantique ont été confrontés à des inondations récurrentes, déclenchées par des tempêtes subtropicales, comme Lee, ou par des pluies très intenses, comme celle qui a entraîné la déclaration de l’état d’urgence dans toute la Nouvelle-Écosse en juillet 2023. Les fortes précipitations qui sont de plus en plus fréquentes endommagent les biens, les infrastructures et affectent le bien-être des personnes et des écosystèmes. Bien que ces événements posent des défis à la gestion des urgences en raison de leur imprévisibilité et de leur fréquence accrue, il est possible, grâce aux efforts de collaboration des résidants, des dirigeants politiques et des décideurs, de limiter l’impact des tempêtes. L’une des solutions qui gagne en popularité au niveau mondial est l’approche des « villes éponges », déjà appliquée avec succès en Chine, aux États-Unis et dans des pays d’Europe.

Comprendre les villes éponges

Les villes éponges sont des zones urbaines qui imitent les écosystèmes naturels, en particulier dans leur approche de la gestion des eaux de pluie. Il s’agit d’approches fondées sur la nature qui s’appuient sur des infrastructures naturelles bleues et vertes pour la gestion des eaux pluviales. Les villes éponges visent à gérer les précipitations à la source au lieu de diriger les eaux de ruissellement vers des systèmes d’infrastructure artificielles (grises) de gestion des eaux pluviales. Il devient alors possible de gérer les eaux pluviales sur place et de réduire les inondations. Comme l’eau reste à l’endroit où elle est tombée, elle est également moins susceptible d’absorber des polluants nocifs pour l’écosystème naturel. Ces systèmes permettent également de réduire la nécessité de moderniser et d’étendre les infrastructures grises avec les années. Les approches de villes éponges sont utiles; on a constaté dans la ville de Portland (Oregon, États-Unis) qu’après avoir  mis en œuvre des stratégies inspirées des villes éponges dans la rue NE Siskiyou, le débit de pointe des eaux de ruissellement avait été réduit de 81 %.

Les photos suivantes illustrent quelques projets de villes éponges, à échelles diverses. 

Image 1: Application de ville éponge à moyenne échelle : projet de jardin pluvial dans le parc Glencrest (Markham, Ontario), avant (à gauche) et après (à droite), Toronto and Region Conservation Authority. Image 2: Application de ville éponge à moyenne échelle : zone humide urbaine dans l’Arborétum Humber (Toronto, ON), Humber Arboretum. Images 3 & 4: Application de ville éponge à grande échelle : une mangrove au lieu d’un ancien site d’enfouissement (Sanya, Hainan, Chine), Turenscape. Image 5: Application de ville éponge à moyenne échelle : bassin de rétention des eaux pluviales naturalisé de la rue Lorne (Sackville, N.-B.), Town of Sackville. Image 6: Application de ville éponge à petite échelle : rigole de drainage en bordure d’une autoroute (États-Unis)Caltrans, State of California

Le premier pays à utiliser l’approche de la ville éponge a été la Chine, où l’urbanisation et un climat marqué par des saisons de typhons près de ses côtes ont entraîné des problèmes de gestion de l’eau. Après des années de recherche, en 2014, le gouvernement chinois a demandé l’aménagement à l’échelle nationale de villes éponges dans tous les nouveaux développements urbains. En 2022, plus de 64 villes chinoises étaient dotées d’une législation visant à mettre en œuvre les lignes directrices relatives aux villes éponges à l’échelle locale. 

La réussite d’une stratégie de ville éponge repose sur de multiples facteurs, qui vont au-delà de la gestion de l’eau. Les facteurs écologiques, socioculturels, économiques, de politique et de gouvernance ne sont que quelques-uns des éléments qui influencent la réussite d’un projet. La mise en œuvre réussie des villes éponges nécessite le soutien de la collectivité et du gouvernement, des politiques habilitantes et des lignes directrices pour la mise en œuvre à l’échelle locale. Dans les provinces canadiennes de l’Atlantique, des considérations similaires pourraient favoriser le succès des initiatives de villes éponges, où les politiques locales, les facteurs environnementaux, le soutien de la collectivité et la gouvernance jouent un rôle clé dans l’élaboration de solutions durables pour contrer les inondations et les changements climatiques. 

Villes éponges au Canada atlantique

En raison de la diversité du paysage géographique de la région, les défis du Canada atlantique face aux changements climatiques sont multiples et comprennent, entre autres, l’élévation du niveau de la mer, l’érosion côtière, le vieillissement des infrastructures, les perceptions des résidants et le fait que l’adaptation n’est pas toujours la priorité des décideurs. Or, la mise en œuvre de stratégies de mise en œuvre de villes éponges pourrait contribuer à remédier à ces problèmes. 

Bien que le terme de « ville éponge » puisse suggérer un réseau de systèmes d’infrastructures d’eaux pluviales fondées sur la nature, il n’existe pas de guide clair sur la taille et d’autres exigences de conception pour de telles stratégies. Cette flexibilité permet aux municipalités et aux promoteurs d’adopter ce concept sur des sites de tailles très diverses. Voici quelques aspects des villes éponges applicables au Canada atlantique :

  • Infrastructure verte : Les jardins pluviaux, les parcs, les écobaissières ou rigoles de drainage biologiques et les revêtements ou pavés perméables peuvent réduire la pression exercée sur les systèmes (gris) de gestion des eaux pluviales. 
  • Restauration des plaines d’inondation et des marais salés : La restauration des plaines inondables naturelles et des marais salés permet d’absorber les eaux de pluie le long des côtes et à l’intérieur des terres.
  • Gestion des eaux pluviales : Des techniques, telles que le développement à faible impact, sont conformes aux approches des villes éponges et permettent de capter et de stocker les eaux de pluie. 
  • Prise de décisions au niveau municipal : Les politiques et réglementations habilitantes encouragent l’intégration des méthodes issues de la conception des villes éponges dans les développements publics et privés.

Si les applications de la ville éponge permettent une certaine souplesse en termes de taille et d’approche, il est crucial de les adapter ainsi que de tenir compte des politiques de zonage et d’utilisation des sols. Par exemple, le fait de remplacer le béton d’une place de stationnement par un revêtement perméable ne résoudra pas le problème d’inondation de l’ensemble d’un stationnement. Lorsque les stratégies de villes éponges sont appliquées à grande échelle, les zones urbaines sont mieux équipées pour faire face aux fortes pluies et aux inondations, car elles sont « spongieuses » et absorbent l’eau de pluie. En plus de l’adaptabilité ou du caractère évolutif de l’application, il faut aussi prendre en compte d’autres facteurs pour mettre en œuvre les stratégies de villes éponges dans l’ensemble du Canada atlantique :

  • Cadres stratégiques : Les gouvernements à tous les niveaux, mais surtout au niveau local, doivent élaborer des politiques visant à promouvoir le concept de ville éponge.
  • Financement et incitations : Le soutien financier peut motiver les collectivités et les promoteurs à adopter des stratégies de villes éponges.
  • Sensibilisation du public : Les résidants doivent comprendre les avantages des villes éponges et participer aux processus de prise de décisions. Des résidants engagés et sensibilisés peuvent être de puissants défenseurs du développement durable.
  • Vision à long terme : Les dirigeants politiques doivent avoir une vision à long terme de la résilience qui se traduise par des politiques et des lois.

Ce qui précède ne signifie pas que le Canada atlantique n’a rien mis en place qui soit déjà considéré comme une approche de ville éponge. De nombreuses zones urbaines existantes sont dotées d’infrastructures vertes. L’article du blogue Adaptation et résilience aux changements climatiques Partie 2 : Bassin de rétention des eaux pluviales naturalisé de la rue  Lorne à Sackville, Nouveau-Brunswick  a exploré un de ces exemples capables de rendre une ville plus « spongieuse » afin d’améliorer la gestion de l’eau. Des projets isolés comme celui-ci ont cependant leurs limites. Il est essentiel d’échelonner les projets de villes éponges, sinon ils ne permettent pas de réels changements et n’entraînent qu’une réduction des inondations au niveau du pâté de maisons ou du lotissement. En reliant plusieurs projets entre eux avec le temps, il est possible de s’adapter à l’intensité croissante des précipitations et de servir une zone géographique plus vaste.

Bien qu’il n’existe pas de solution miracle permettant d’éliminer complètement le risque d’inondation, l’approche de la ville éponge comporte de nombreux avantages. Elle permet de renforcer les infrastructures de gestion des eaux pluviales grises de manière évolutive, d’utiliser les caractéristiques naturelles existantes telles que les marais, les espaces verts, les vallées fertiles et les forêts, d’améliorer la biodiversité et de réduire les îlots de chaleur urbains. La protection, l’expansion et l’intégration des caractéristiques naturelles existantes et des éléments des villes éponges peuvent aider à introduire cette approche dans de nouveaux sites d’une collectivité afin de favoriser la résilience des écosystèmes, des infrastructures et de la société.

Sources:

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City of Seattle (2023). Pipers Creek Natural Drainage System (NDS) Project

CLIMAtlantic (2023). Impacts des changements climatiques – Élévation du niveau de la mer.

CLIMAtlantic (2023). Impacts des changements climatiques – Érosion (côtière).

Credit Valley Conservation & Toronto and Region Conservation Authority (2010). Low Impact Development Stormwater Management Planning and Design Guide

Glass, M. (2023). Torrential rain, flooding that hit Halifax was one-in-a-thousand-years storm: city. City News Halifax

Griffiths, J., Ka Shun Chan, F.,  Zhu, F., Higgitt, D. L., (2022). Interpretation and application of Sponge City guidelines in China. Philosophical Transactions of the Royal Society A: Mathematical, Physical and Engineering Sciences. 

Hawken, S., Sepasgozar, S.M.E., Prodanovic, V., Jing, J., Bakelmun, A., Avazpour, B., Che, S., Zhang, K. (2021). What makes a successful Sponge City project? Expert perceptions of critical factors in integrated urban water management in the Asia-Pacific. Sustainable Cities and Society.

New Brunswick Environmental Network (2022). Nature Based Solutions

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Stanway, D. (2023). What are China’s ‘sponge cities’ and why aren’t they stopping floods?

Sutton, K., Tongue, C., Berglund, L., Kerr, G., Sherren, K. (2022). Coastal resident perceptions of nature-based adaptation options in Nova Scotia. Canadian Geographies

UK Research and Innovation (2022). Sponge cities: sustainable places using nature-based solutions

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