Le Canada atlantique connaît l’un des taux d’élévation du niveau de la mer les plus élevés du pays.

En Nouvelle-Écosse, le niveau de la mer augmentera jusqu’à un mètre d’ici la fin du siècle. Certaines collectivités explorent de nouvelles stratégies pour protéger le littoral contre l’élévation du niveau de la mer ainsi que contre les effets accrus de l’érosion et des ondes de tempête.

Historiquement, pour réduire l’impact des vagues, de nombreuses collectivités et propriétaires fonciers ont utilisé des enrochements constitués d’une sorte de roche très résistante extraite des carrières. Cependant, ce type d’infrastructure dure présente certains inconvénients.

En protégeant une section du rivage, ce type d’enrochement peut endommager les sections voisines et entraîner des impacts encore plus négatifs (le long de la côte).

Shannon Fernandes

Responsable de l’adaptation au climat, Municipalité régionale de Halifax (MRH)

Lorsque les vagues frappent une section du littoral protégée par des enrochements, leur énergie est redirigée vers les zones non protégées situées de part et d’autre. Cela peut accroître l’érosion dans les zones voisines et autour des enrochements eux-mêmes, provoquant l’effondrement des murs de pierre. Les enrochements limitent aussi l’habitat naturel des plantes, des animaux et des oiseaux qui y auraient vécu autrement.

En revanche, dans certains cas, les collectivités cherchent à travailler avec la nature pour lutter contre l’érosion côtière, comme dans le cadre d’un projet sur Shore Road dans la MRH.

Recréer un rivage naturel le long du Shore Road

Shore Road est une voie de transport essentielle pour les résidents et les entreprises d’Eastern Passage. Comme son nom l’indique, Shore Road longe le littoral. La route est de plus en plus exposée aux vagues pendant les tempêtes, ce qui accélère l’érosion côtière. En conséquence, il arrive de plus en plus souvent que la route doive être fermée.
Le projet Shore Road: Building With Nature est évalué à 5 millions de dollars dont 60 % du coût total est pris en charge par Infrastructure Canada. La MRH prévoit que les travaux commenceront pendant la saison de construction 2025-2026.

Le français suit. A close-up image of the part of the coast along Shore Road, which shows a mix of rock armouring and eroding vegetation. Image en gros plan d'une partie de la côte le long de Shore Road, qui montre un mélange d'enrochement et de végétation en voie d'érosion.

Afin de limiter l’érosion, on prévoit recréer le littoral de galets typique de la région sur une longueur de 480 mètres le long de la route côtière. Au départ, il avait été envisagé de restaurer les marais salés qui se trouvaient à proximité, car ceux-ci peuvent contribuer à minimiser l’érosion en amortissant l’impact des vagues. Cependant, le site de la route côtière était trop exposé aux vagues de l’océan Atlantique pour permettre la restauration des marais. « Tout le monde a convenu qu’il fallait plutôt adopter une approche hybride en raison de l’énergie des vagues », de déclarer Emma Poirier, membre de l’équipe chargée de l’Environnement et du Changement climatique de la MRH. « C’est exactement la nature évolutive du processus à suivre qui sera différent pour chaque site. »

Le projet utilisera désormais une combinaison d’infrastructures traditionnelles et de solutions basées sur la nature pour limiter l’érosion le long de Shore Road. De gros blocs de pierre seront placés sous l’eau et maintiendront en place la nouvelle plage de galets. La plantation de végétation indigène sur le littoral contribuera à stabiliser la berge, à filtrer les eaux pluviales et à créer des espaces verts. Au fil du temps, l’action des vagues remodèlera la plage pour lui donner une pente plus naturelle, plus apte à résister aux fortes vagues et à empêcher l’érosion du littoral. Une fois les travaux terminés, une nouvelle promenade permettra aux gens de la collectivité de voir le lac de plus près.

Le français suit. A map overview of Shore Road, including proposed changes at specific locations. Une carte générale de Shore Road, incluant les modifications proposées à certains endroits précis.

Surmonter les difficultés

Ce projet est l’un des premiers à utiliser des solutions fondées sur la nature dans la MRH, et, selon Shannon Fernandes, l’équipe a appris au fur et à mesure. Par exemple, l’équipe a compris l’importance d’une conception adaptée au site pour restaurer l’écosystème naturel de la région. Elle a mené plusieurs études de modélisation afin de déterminer la meilleure option pour faire face au type d’action des vagues prévu en fonction des changements climatiques.

« Nous avons également appris comment vraiment impliquer notre communauté et la faire participer à ce projet », de déclarer Mme Fernandes. « Nous développons ainsi la capacité et le savoir-faire afin de mettre en œuvre d’autres projets de ce type à l’avenir et dans d’autres zones de la MRH. »

Le français suit. A birds-eye view of Shore Road, a coastal road, shown before the implementation of nature-based solutions. Vue aérienne de Shore Road, une route côtière, avant la mise en œuvre de solutions fondées sur la nature.

Le Shore Road : un modèle pour l’avenir

Dans le cadre de ce projet, le personnel va demander la certification Green Shores, un programme mis au point par le Stewardship Centre for British Columbia, qui préconise les rivages naturels et les approches fondées sur la nature.

La meilleure approche pour gérer l’érosion côtière dépendra toujours du site. Lorsqu’on décide d’une stratégie, il est important de comprendre quelles options fonctionnent le mieux pour les conditions particulières du lieu. C’est là que peuvent aider des ressources telles que la boîte à outils d’adaptation côtière de CLIMAltantic.

Alex Cadel, spécialiste des services climatiques au ministère de l’Environnement et du Changement climatique, qui travaille en partenariat avec CLIMAtlantic, est d’avis que les approches fondées sur la nature doivent occuper une plus grande place dans le débat qu’elles ne l’ont fait jusqu’à maintenant.

 « Qu’il s’agisse d’aménagement de littoral vivant ou de restauration des marais salés, cette idée de travailler avec la nature est primordiale lorsque nous réfléchissons à l’adaptation climatique. »

Alex Cadel

Spécialiste des services climatiques de la Nouvelle-Écosse, Department of Environment and Climate Change, en partenariat avec CLIMAtlantic

Mme Fernandes abonde dans ce sens : « Les solutions fondées sur la nature ont des avantages connexes qui vont bien au-delà de la résilience des infrastructures. » Le projet Shore Road en est un excellent exemple. Il vise non seulement à ralentir l’érosion côtière, mais aussi à améliorer le ruissellement des eaux pluviales, à restaurer l’écosystème naturel et à créer de nouveaux espaces verts publics.

Enfin, comme il existe d’autres collectivités menacées ailleurs dans la région, le personnel municipal espère que les enseignements tirés du projet Shore Road serviront à soutenir d’autres projets qui tirent parti de la nature pour l’adaptation aux changements climatiques, tant dans la municipalité que dans d’autres collectivités.

« Nous avons beaucoup de chance de disposer ici du personnel et des ressources nécessaires, car nous pouvons partager ces enseignements avec des municipalités plus petites qui n’ont peut-être pas les ressources ou la tolérance au risque nécessaires pour innover sans que cela ait été prouvé, testé et validé dans le contexte de la Nouvelle-Écosse et de l’Est du Canada », de conclure Shannon Fernandes.

Ressources supplémentaires :

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